
Compagnie PASSEURS
Le monde est une scène de théâtre mais les rôles sont mal distribués (Oscar Wilde)
LES AVIS DE NOTRE PUBLIC
LES AVIS DE NOTRE PUBLIC
L'âne et le ruisseau (2013/2014)


Le chemin des passes dangereuses (2014/2015 )


La Grammaire (2016 )



Les Femmes Savantes (2017)





La Mouette (2018)




« La Mouette » d’Anton Tchekhov, au Théâtre Darius Milhaud.
15 février 2018
L’on dispose d’une large bibliographie théorique relative à la traduction, mais cette bibliographie s’avère moins étendue lorsqu’il s’agit de mesurer les effets du passage d’une langue à l’autre sur la qualité dramaturgique d’une composition. Si la popularité de La mouette rend très probable qu’on arrive au Théâtre Darius Milhaud avec une connaissance préalable ou du texte seul, ou d’une mise en scène, il convient de mesurer que la forme précise qui va être dite est toute neuve, puisqu’il s’agit de celle proposée par Thanh-Vân Ton-That, version non encore publiée. Professeure de littérature comparée et spécialiste notamment de littérature russe, Thanh-Vân Ton-That est déjà l’auteure d’une traduction des Méfaits du tabac, un monologue de Tchekhov, et de nouvelles comme « Le Professeur de lettres » (Tchekhov), ou comme « Le Nez » (Gogol). Ce qui gouverne cette ambition est l’idée qu’une partie de ces textes connus dans des versions déjà anciennes, ont pris de l’usure du fait d’une langue qui les sépare peu à peu de ce que leur intention première recelait, à savoir une communication vivante et aisée avec le public. La mouette, dans la forme proposée au théâtre D. Milhaud, se veut dictée par plus de vivacité afin de témoigner de toute son actualité. Elle a été allégée dans son déploiement passant de 2h30 à 1h30, supprimant un certain nombre de longueurs qui nuisent aux enchaînements. Le résultat en est une forme spirituelle, actuelle, qui se veut plus suggestive que démonstrative, évitant l’ennui, ainsi en est-il à l’acte IV avec le jeu de loto dont on sait qu’il se tient entre les personnages mais dont le détail n’est pas montré sur scène.
Ce parti pris se prolonge, mettant l’accent sur la comédie, l’on puise dans des situations marquées par le désespoir ce qui peut s’y trouver de sourire ou de légèreté. La chose frappe dès l’entrée de la jeune interprète de Nina (Justine Baron) dont la fraîcheur transmet une représentation optimiste des rapports sociaux, cette qualité est en outre supportée par son compagnon Treplev (Milan Dupin) concentrant lui aussi jeunesse et confiance. D’ailleurs, le monologue de ce dernier, dont on connaît l’allure rhétorique, est prononcé avec une extrême sobriété, plutôt que de la déclamation il est question d’un chuchotement qui confère à l’ensemble une tonalité plus poétique et confidentielle que dramatique. Cette atmosphère est renforcée par l’immersion sonore dans une nature qui ne peut être mise sous nos yeux mais est évoquée à travers le bruissement du lac ou le chant des oiseaux. D’ailleurs, le symbole de la pièce, cette fameuse mouette comme figure allégorique, ne sera pas publiquement sacrifiée mais pudiquement masquée dans un sac ensanglanté et finalement présentée empaillée à la fin de l’action. Les aspects les plus saillants sont ainsi gommés au profit d’une vision contemporaine, qui immerge le spectateur dans des débats sur l’art et l’amour qui le touchent plus visiblement. Cet effort mis à combler l’effet de distance est en outre sensible à travers le système de référence adopté, on parle anglais là où la pièce parlait français, sorry ou thank you signalent le changement de langue et amusent simultanément, les chansons fredonnées n’appartiennent pas au registre russe et l’on se surprend à pouvoir les répéter.
Dix personnages sur scène, voilà pour un petit théâtre une gageure, l’on sait que les considérations économiques facilitent les spectacles pauvres en personnel, il faut donc saluer ce mérite, et le bénévolat de plusieurs, d’ailleurs c’est occasion de transfuge pour des jeunes femmes campant Trigorine ou l’intendant du domaine de Sorine. La petite scène rassemble de manière chaleureuse ce monde marqué par ses ambitions et ses travers, dans ce décor minimaliste, tel que voulu par Stéphane Baroux, il arbore ses costumes intemporels, s’adresse avec des accents d’aujourd’hui à un public qui en retiendra plus volontiers les inspirations à la Maupassant que la filiation shakespearienne.
Mise en scène : Stéphane Baroux
Distribution : Justine Baron, Christine Duboux, Millan Dupin, Pascal Dupin, Sandrine Guérard, Denis Hab, Gilberte Lefort, Sophie Legrain, Camille Moingeon, André-Philippe Suard
Genre : comédie dramatique
Tout public (à partir de 12 ans)
Durée : 1h45

Chacun sa vérité de Luigi PIRANDELLO
Décembre 2018 à Mars 2019
Chacun de nous lorsque le désir de savoir devient obsession. Cette pièce, présentée comme une parabole en trois actes, nous dit aussi comment cette recherche frénétique oublie l’autre pour se concentrer sur son propre vouloir.
A propos de sa pièce, Luigi Pirandello écrit : « Je pense que la vie est une triste bouffonnerie. Nous portons en nous le besoin de nous tromper continuellement en créant spontanément une réalité (une réalité pour chacun et qui n’est jamais la même pour tous) qui de temps à autre se révèle à nous vaine et illusoire. L’homme qui a compris le jeu ne réussit plus à se tromper lui-même ; mais l’homme qui ne réussit plus à s’illusionner ne peut plus prendre goût ni plaisir à la vie… »
Dans « Chacun sa vérité », Pirandello pousse l'idée jusqu'à nous dire que cette vérité ou bien n'existe pas, ou bien est insaisissable. Il s’amuse à créer des situations théâtrales dont les tenants et les aboutissants échappent au spectateur et le propulsent entre le certain et l'incertain, entre la fiction et le réel.
Public ciblé ou spécialement concerné : Tout public


UN HOMME UNE FEMME UNE VILLE (Décembre 2019)
UN HOMME UNE FEMME UNE VILLE (Décembre 2019)

Une quête obsédante à la recherche de ses souvenirs. Pour comprendre.
Partir à la recherche de ses souvenirs. Tout revoir pour reconstruire, corriger, repartir. La quête obsédante d’un homme qui projette son passé sur la scène pour essayer de le comprendre.
Mettre en scène un auteur contemporain n’est pas un exercice aisé, il faut beaucoup de liberté pour s’emparer d’un texte et pour créer sa propre vision de l’œuvre qui nous est confiée. Claude Salama, avec Un homme, une femme, une ville, nous livre un texte où il faut aller au-delà des apparences. Nous allons y trouver, comme nous l’annonce le titre, un homme, une femme et une ville. Mais nous y trouvons aussi une aventure singulière, à la fois remarquable, bizarre et unique, mais aussi multiple. Le destin qu’un individu revisite sans cesse afin de comprendre là où il s’est trompé, là où il n’a su agir. Il parle en filigrane de la grande solitude dans la multitude de la ville.
Dans cette pièce, Stéphane Baroux retrouve deux grands thèmes qu’il a pu développer dans ses précédentes mises en scène : « la vérité » et « la représentation théâtrale ». Tout est vrai et rien n’est vrai, tout existe et rien n’existe. C’est l’essence même du théâtre, du jeu du théâtre et du jeu du comédien. Une histoire qui se raconte à l’infini, toujours la même et jamais la même, jamais de la même façon.
Claude Salama interroge l’écriture scénique par un concept qu’il nomme le « psy-théâtre ». L’auteur projette sur la scène l’intériorité d’un texte et d’un être. Dans cette vision, d’essence psychanalytique, tout est flou, imprécis, indéterminé. Qui est vraiment présent sur la scène ? Des personnages ou seulement un homme hanté par un lourd questionnement intérieur ? Ou bien est-ce l’auteur lui-même ? Il s’agit, pour Claude Salama, de déconstruire le réel, à la manière des peintres impressionnistes, pour mieux le percevoir. Alors, peut-être, la « vérité » apparaîtra-t-elle.



